Ecole allemande de la fin du XIXe siècle


Masque mortuaire de l’inconnue de la Seine

1877

pierre noire sur papier bleu
23 x 25 cm ; 30 x 30 (avec cadre)
monogrammé et daté ‘WA 77’ sur la partie gauche

650 €

Bibliographie

Bertrand Tillier, La belle noyée, enquête sur le masque de l’Inconnue de la Seine, Les éditions arkhê, 2011.

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S’il est une image qui a marqué la culture populaire de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, c’est celle du masque mortuaire de ‘l’Inconnue de la Seine.’ Peu divulguée aujourd’hui, elle a pourtant inspiré plusieurs générations d’artistes et d’écrivains. Elle est devenue par la suite une icône commerciale, qui s’est diffusée dans toute l’Europe et plus particulièrement en France et en Allemagne.

La légende urbaine de ce visage devenu mythique, c’est d’abord celui d’une jeune fille noyée dans la Seine dans les années 1870, et dont le médecin légiste, troublé par sa sérénité, sa beauté et son destin tragique, aurait gardé l’empreinte en le moulant. La pratique n’est pas choquante pour l’époque. La mort fait partie des divertissements populaires de cette fin de siècle. Se rendre à la morgue le week-end en famille est une pratique courante, qui est même recommandée dans  les guides touristiques de l’époque. Les Parisiens, en quête d’émotions fortes, peuvent alors y admirer des corps inanimés derrière une vitre.

En peu de temps, donc, l’image macabre de ‘l’Inconnue’ est abondamment diffusée par les mouleurs, les graveurs, les éditeurs de cartes postales et les photographes. Elle devient un ornement à la mode dans le Paris bohème : chaque artiste en possède un exemplaire dans son atelier ou dans sa chambre, puis, les familles bourgeoises suivent le mouvement.

Il n’est pas étonnant que notre ‘inconnue’ fascine l’univers artistique de l’époque. Assimilée à l’Ophélie de Shakespeare, peinte par John Everett Millais (1852), elle incarne la femme rêvée et insaisissable dont le destin tragique constituait déjà le sujet idéal des œuvres de beaucoup d’artistes : Paul Delaroche, Alexandre Cabanel, Léopold Burthe... Son visage devient très vite un modèle utilisé pour les cours de dessin, puis il inspire de nombreux écrivains tels que l’autrichien Rainer Maria Rilke qui le décrit dans ses Carnets de Malte Laurids Brigge (1910), Louis-Ferdinand Céline dans L’Eglise (1933), ou encore Louis Aragon dans son roman Aurélien (1944), entre autres. 

Dans les années 1930-1940, le masque s’inscrit également dans l’imaginaire surréaliste. On le retrouve comme emblème dans les expositions réunissant le groupe (Le Rêve dans l'art et la littérature, de l'Antiquité au surréalisme, Galerie Contemporaine, Paris, du 24 Mars au 12 Avril 1939) et l’œuvre de Man Ray en est ponctuée.

Au-delà de la sphère artistique, ‘l’Inconnue’ devient une icône de beauté, notamment en Allemagne, où l’actrice Elisabeth Bergner annonce la tendance en lui empruntant sa coiffure. Toute une génération de jeunes filles l’imite alors.

Pourtant, il semblerait que la réalité soit toute autre et le mythe de la noyade, monté de toutes pièces. Ce visage qui féconde l’imaginaire, ne pourrait en aucun cas avoir connu le destin qui lui est attribué. Modèle d’atelier, danseuse de cabaret, ouvrière, ou jeune fille emportée par la tuberculose selon Jules Lefebvre, les hypothèses diffèrent et le mystère sur son identité subsiste… À défaut de pouvoir retracer l’histoire de cette jeune femme, celle de son masque mérite d’être établie tant elle nous renseigne sur les mœurs, l’imaginaire et la culture du XIXe siècle.

Comme le disait Freud, "C’est vraiment très étrange. Que quelqu’un doive d’abord mourir afin de trouver la vie. "

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John Everett Millais, Ophélia, circa 1851, huile sur toile, 76 x 112 cm, Tate Britain, Londres.

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